Brésil

Après Chicago et Montréal, direction le Brésil !
C’est parti pour plusieurs années d’échanges et de nouvelles aventures artistiques.
Les collègues de Plages Magnétiques et de l’Ensemble Nautilis ont décollé le 12 décembre 2021, pour deux semaines d’exploration, rencontres, rendez-vous, concerts…

Arrivée de Christophe Rocher à Rio de Janeiro, et rencontre avec Daise et Pablo Fagundes. Pieds dans l’eau sur la plage d’Ipanema, puis nous fonçons au studio Eco-Show, conversation avec Carlos Malta, nous assistons à une partie de l’enregistrement de son prochain album sur la musique de Pixinguinha, toutes les premières prises sont les bonnes, magnifiques ! Avec Marcelo Vianna au chant (c’est le petit-fils de Pixinguinha), Silverio Pontes (trompette), Marcus Suzano (pandeiro), Henrique Cases (cavaquinho), Marcello Caldi (accordéon) et Joao Camareiro (guitare).

Puis, déjeuner à Pedra do Sal, haut lieu historique de la samba à Rio. En attendant que le groupe de samba qui joue là tous les dimanches arrive, nous partons faire un tour sur le port vers 16H en attendant le groupe, ils ne viendront pas, un orage du tonnerre interrompt la vie carioca, nous trainons, je fais quelques photos des façades peintes par Kobra, célèbre street-artiste brésilien et nous rentrons sous la pluie battante.

Pendant que Christophe est déjà à Rio, le reste de l’équipée est à Brest.
Brest – Brésil : trois premières lettres en commun, c’est une amorce comme une autre. Regarder avec lenteur un goéland passer avant de quitter la ville. Ciel brumeux, fenêtres fermées, chauffage à plein régime. Au moment même où se termine le festival No Border sous la pluie brestoise, dans l’effusion généreuse des rythmes du duo Ghassen Chiba et Will Guthrie, nous partons de l’autre côté de l’Atlantique, nous traversons l’océan pour changer d’hémisphère.

C’est un premier voyage exploratoire : du point A au point B (et pour nous au point C qui sera São Paulo), nous observerons les routes et les décisions prises pour aller de l’un à l’autre.Le capitaine de l’avion annonce notre approche de Paris. La brume est paraît-il bien présente et la température extérieure de 10°. Un enfant pleure dans l’avion. Ne pas penser, ne pas penser, mais plonger pleinement dans cet espace-temps, effroyable-incroyable espace-temps, celui de ce voyage.

Nous sommes parti·e·s de Brest dimanche 12 décembre 2021 à 18 h 30 et nous arriverons 24 heures plus tard.

Étape à Rio de Janeiro avant de reprendre l’avion pour Brasilia. Deux trajets en taxi, le premier pour rejoindre Christophe, Pablo et Daise. Le deuxième pour rejoindre l’aéroport. Le premier chauffeur de taxi vante les mérites d’un Bolsonaro grandiose qui aurait redonné toute sa force au pays, dénonçant un Lula voleur. Le deuxième adore sa ville Rio de Janeiro et ne comprend pas pourquoi nous allons à Brasilia : « Il n’y a pas de plages là-bas, il n’y a que des hommes politiques !». Il s’appelle Marco Antonio et écoute Chet Baker dans son taxi, il dit le préférer à Miles Davis parce qu’il chante en plus de jouer de la trompette. Le Brésil est un pays fracturé, nous dit Erwan (Nautilis) qui y a vécu 12 ans.

Les orchidées sauvages sont accrochées aux arbres. Le « bem–te-vi » (je t’ai bien vu) est un oiseau jaune très familier. Jus de fruit pressé se dit « suco natural ». Nous arrivons à Brasilia avec une pluie torrentielle, mais il fait bon.

Premier jour plein à Brasilia – capitale (inventée et réelle) du Brésil, construite dans les années 60 par l’architecte Niemeyer, l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Burle Marx sur les idées de Le Corbusier.

Premier rendez-vous officiel à l’Alliance Française – un bâtiment magnifique dessiné par l’architecte Niemeyer aux prémices de la construction de cette ville surgie de nulle part. Nous y rencontrons trois femmes : Judith Sylva (directrice de l’AF), Soraya Barne (attachée culturelle de l’ambassade) et Carolina Assunção (coordinatrice de l’AF, et seule Brésilienne de notre tablée). Judith nous annonce fièrement que l’AF vient de recevoir un prix d’architecture, pour avoir entretenu et continué à faire vivre le bâtiment depuis son inauguration (par André Malraux !).

Le bureau de réunion est entouré de livres et de plantes luxuriantes. Le café est bon, ainsi que les petites boules de fromages (« pão de queijo »). À l’AF il y a 2500 élèves inscrits pour apprendre le français, clairement plus issus des classes moyennes supérieures que populaires. Ils sont encadrés par 25 enseignants, et 25 personnes admin+techniques, il y a 36 alliances françaises au Brésil et celle de Brasilia est la 3e en taille (après Rio et São Paulo).

Ils ont un auditorium de 120 places, une bibliothèque, deux chambres et travaillent beaucoup sur l’art visuel urbain.

Soraya nous transmet les contacts de nombreuses personnes à rencontrer durant notre séjour à Brasilia, dans un esprit de coopération culturelle. Elle nous indique le festival COMA, qui se déroulera du 4 au 7 août 2022, dont la directrice est une des rédactrices en chef du magazine Traços (revue culturelle de Brasilia).

Lorsque l’on pose la question de lieux plus alternatifs, Caroline nous évoque le Buraco do Jazz, une organisation nomade de concerts de jazz qui reprendra en mars 2022, ainsi que Coletivo Backstage, une plateforme Whatsapp créée pendant la pandémie et gérée par des artistes sur la base d’échange d’infos, de gigs et de solidarité pour pallier le manque de soutien économique de la part du gouvernement.

Évoquer la situation politique du pays, nous amène à parler des dates des prochaines élections présidentielles au Brésil (le premier et le dernier dimanche d’octobre 2022).Nous serons en plein Atlantique Jazz Festival à Brest, une pensée ira aux amis outre-Atlantique pour cette période à venir qui est d’ores et déjà annoncée comme “tendue”. Aucun producteur ne s’avance sur des événements pendant ce moment, par exemple. Des affrontements civils peuvent être à craindre à Brasilia.

 

Christophe souhaite revenir dans plusieurs mois avec d’autres musiciens, pour continuer les rencontres que nous aurons amorcées pendant ce premier voyage. Il faudra être prudent sur les dates choisies, et éviter d’imaginer des actions autour du 7 septembre qui est le jour de la fête nationale (Dia da Indepêndencia) du Brasil.

Ici les politiques culturelles sont soit municipales, fédérales ou étatiques.

Le soir nous assistons à notre premier concert live du voyage : direction Outro Calaf un bar extérieur au centre des tours de bureaux, dans la quadra des banques. La scène est surélevée au centre en mode ring, et 7 na Roda joue la samba pour une centaine de personnes qui boivent de la Heineken (la caïpi c’est un peu pour les touristes:) et dansent allègrement au son extrêmement fort de la sono (une particularité du Brésil selon Pablo).

Chacun commence à travailler sur nos portables face à face, en carré dans l’espèce de galerie qui nous sert de maison à Brasilia. La météo reste la même qu’au début, c’est-à-dire très douce avec un ciel couvert et quelques averses de pluie.

Le matin nous avons une visio avec Mauricio Takara (batteur du São Paulo Underground) pour préparer notre venue à São Paulo et organiser la session de musique prévue le mardi 21 décembre. Puis petite balade dans le quartier vers l’Espace Culturel Renato Russo, où se trouve notamment un théâtre et les locaux de la radio locale : Radio Cultura. A l’intérieur, on découvre des expositions de photos, mais surtout de nombreuses œuvres de street art sur les murs extérieurs.

L’après-midi, rendez-vous dans le quartier fermé où habite notre ami Pablo Fagundes, pour y déposer Christophe qui doit répéter avec lui. Pour Erwan, Janick et Cécile, direction le jardin botanique pour une promenade d’une heure en immersion dans le cerrado (cette région de savane aride moins connue du Brésil, mais pourtant elle aussi menacée). Nous aurions pu croiser des singes, des tamanoirs, des serpents ou des guépards, mais seuls les bruits parviennent jusqu’à nous. La végétation est très dense et le jardin magnifique, même si très peu fréquenté apparemment par les habitants de la ville.

Retour chez Pablo où nous entamons une sincère conversation avec sa femme (Dayse) et lui, autour de notre projet et de nos implications respectives. Nous détaillons les possibles interventions et concerts que nous imaginons pour la venue des musiciens en mai prochain en Bretagne (Pablo Fagundes et Marcus Moraes), avant de prendre la direction du restaurant italien Cantina da Massa où le duo jouera et Christophe quelques morceaux de choro (!) avec eux.

La journée commence par une visio avec un musicien pédagogue de Salvador de Bahia : Nei Sacramento, recommandé par Stéphane Payen. Ici maintenant, nous préparons la suite et les prochains voyages au Brésil. Et Salvador est une destination que nous avons clairement en tête…

Ensuite, direction le marché à la recherche de victuailles pour la fête / session du soir chez Pablo. Les fruits et légumes sont énormes et les prix très petits, le Brésil : pays de rêve pour les végans ?! Nous salivons devant les gigantesques avocats, les oranges vertes et les mangues… avant de retourner travailler à la maison.

En chemin, nous repassons par l’incontournable axe monumental qui traverse le cœur de Brasilia, sur lequel se trouvent la plupart des monuments (cathédrale, musée, bibliothèque, ministères, palais présidentiel… tous conçus par le génial architecte Oscar Niemeyer) et autres bâtiments administratifs (rangée de ministères en mode architecture à la fois soviétique et tropicale). Nous en profitons pour visiter une étrange chapelle sans mur, toute ornée de vitraux bleus. C’est la chapelle Don Bosco. 

 

Le soir, direction Lago Sul. Pablo Fagundes est habitué à accueillir chez lui des concerts (une douzaine par an), il organise cette série de concerts depuis 2016 : Som Lá Em Casa.

À l’occasion de notre venue et  pour contribuer à notre projet d’échange, il a organisé une soirée spéciale, en proposant à 4 groupes de venir jouer 3 ou 4 morceaux chacun, une sorte de soirée privée, dans sa villa assez luxueuse du quartier des grandes villa, de l’autre coté du Lac de Brasilia. Les musiciens sont majoritairement des hommes dans la plupart des groupes (une femme, dix hommes ce soir).

Nous rencontrons tous les musiciens et prenons le temps d’expliquer la raison de notre présence. L’idée d’une soirée session musicale de rencontres musicales improvisées est un peu compromise, les musiciens présents ne sont pas très familiers avec ce type de pratique. Par contre, nous assistons à une belle diversité artistique, nous sentons que les musiciens s’expriment dans de grandes diversités esthétiques et sont tous de grands virtuoses.

Nous rencontrons également Raoni Donabella et Michele Cano, les organisateurs de COMA, un gros festival qui se déroule sur trois jours en août (16000 personnes / jour). Un événement qui mixe les journées de concerts et des journées de débats sur des sujets de société.

Ils sont aussi impliqués dans la rédaction du magazine culturel Traços, très important à Brasilia. Raoni est également producteur musical du groupe Quadrafonica que nous allons écouter le lendemain. Ils organisent dans ce cadre des soirées de concerts au planétarium de Brasilia, ce qui pourrait se prêter aux musiques issues de notre projet d’échanges.

Nous faisons un peu de tourisme à Brasilia, ce qui se résume à visiter tous les monuments réunis le long de l’immense artère centrale qui traverse la ville en son coeur, soit le fuselage de l’avion (nous avons oublié de préciser que Brasilia a, vu du ciel, la forme d’un avion). Tous ces bâtiments ont la particularité d’avoir été tous conçus par le même architecte : Oscar Niemeyer.

Le spectaculaire Musée National (photo ci-dessus) est l’un des monuments les plus marquants et symboliques de la ville. Nous y découvrons une exposition intéressante de l’artiste Rodrigo Sassi : Fora dos planos (« hors des plans »). Il s’agit des oeuvres construites à partir de matières collectées sur des chantiers de construction civile (béton, bois, métal) – “détritus de nos existences collectives”: oeuvres qui soulignent les blessures sociales induites par ces constructions.

Au musée des indigènes, quelques photos, des masques, des coiffes indiennes, mais surtout un terre-plein central extérieur rempli de totems représentant les multiples langues du Brésil. La plupart d’entre elles continuent de disparaître avec leurs derniers orateurs, pendant que nous écoutons des chants diffusés au milieu des totems. S’ensuit une discussion sur l’effacement progressif du patrimoine immatériel de l’humanité… Nous sommes d’ailleurs surpris que ce musée soit si peu fourni, et si peu fréquenté (nous sommes les seuls), alors que quelques mètres plus loin, le mémorial JK est luxueux et plein de touristes.

Pour l’anecdote, le mémorial JK est un musée surmonté d’une monumentale statue de Juscelino Kubitschek, le président brésilien élu en 1955 avec pour principal programme de construire ex-nihilo, une nouvelle capitale en plein coeur du Brésil. Ce fut Brasilia, ville érigée en à peine 1000 jours jusqu’à son inauguration le 21 avril 1960. Kubitschek, baptisé le « président-samba » fut la dernière incarnation d’un Brésil moderne et ambitieux – avant que le coup d’état militaire de 1964 ne vienne refroidir les ardeurs démocratiques du pays pour une vingtaine d’années. Aujourd’hui, la figure de Kubitschek hante la ville de Brasilia, à laquelle il prête largement son nom : un pont, un parc, un musée, et de nombreuses boutiques de la ville sont baptisées JK (« jotaca » en portugais).

Alors que la ville se prépare pour les festivités de Noël, nous nous sentons un peu perdus au milieu des architectures de l’axe monumental.

Le soir, nous nous rendons dans un drôle d’endroit pour le concert du groupe Quadrafonica : il s’agit d’un bassin (bowl) de skatepark, bordé de bar et restaurant tout près du lac. Erwan nous explique que nous sommes dans un coin branché, fréquenté par la jeunesse huppée de Brasilia. Les musiciens sont installés en hauteur sous la voûte du chapiteau qui nous protège de la pluie, ils jouent un acid jazz/funk/house que nous peinons à entendre tant le son est difficile et fort. On est tous bien fatigués en cette fin de journée, et il est l’heure d »aller se coucher, car demain matin nous nous levons tôt pour prendre l’avion… Direction, un tout autre Brésil que nous avons hâte de découvrir : la mégalopole de São Paulo.

Nous ne le savons pas encore mais cette journée sera placée sous l’emblème d’un seul mot : l’attente ! Ça commence dès le matin, au comptoir de l’agence de location de voiture, où nous ramenons notre petite Fiat Uno blanche avec son pneu crevé; puis à l’aéroport, où nous traînons de bon matin nos valises et nos yeux encore ensommeillés; puis, enfin arrivés à São Paulo, devant la grille fermée de notre immeuble où nous enregistrons péniblement nos empreintes digitales pour pouvoir entrer; et enfin jusqu’au premier lieu de concert, où nous patientons tranquillement… avant de réaliser que nous sommes au mauvais endroit !

La journée commence certes dans la difficulté, mais heureusement elle se poursuit au rythme de la musique et des rendez-vous. Et puis, Pablo, Dayse et leurs filles nous ont finalement rejoints après un périple de plus de 1000 km en voiture. On se retrouve d’abord dans le quartier de Vila Madalena où nous assistions à un concert au restaurant Seu Meliè, avec 4 musiciens, parmi lesquels la percussionniste Roberta Valente au pandeiro, ainsi que le clarinettiste Alexandre Ribeiro dans un groupe de chorinho. Invités à rejoindre la formation, Pablo et Christophe s’ajoutent aux musiciens pour trois morceaux qui soulèvent les applaudissements enthousiastes de la modeste assistance.

Nous abandonnons nos amis pour nous rendre au pied de l’Edificio Copan, un autre chef-d’oeuvre architectural – en forme de vague – signé Oscar Niemeyer. Nous y retrouvons Juliano Gentile et Manoela Wright, organisateurs du festival Chiii – musiques expérimentales et créatives.

De caïpirinha(s) en coxinha (un incontournable de la gastronomie brésilienne: une boule de manioc frite, fourrée au poulet et au fromage catupiry), nous nous découvrons plein de points communs autour de la musique et de la création. Nous apprenons que la temporalité de travail de programmation est beaucoup plus courte au Brésil qu’en France. Les tournées peuvent être bookées seulement un mois en avance ici ! À savoir aussi que les SESC demandent une exclusivité sur le territoire brésilien s’ils programment un groupe étranger. Autant de détails concrets qui font également partie de notre rencontre Brest – Brasil.

Le soir, sur les conseils de Manoela et Juliano, nous allons dans le quartier industriel Barra Funda, le quartier initial de la samba, dans un hangar désaffecté transformé en lieu de diffusion (expos, concerts, etc.) baptisé Galpão Cru (« Hangar Cru »).

Même si nous sommes pratiquement les seuls spectateurs, nous entendons pour la première fois de ce voyage un concert de musique improvisée – plutôt ambient

Comment revenir du Brésil sans passer par un magasin de Havaianas?! Marianne de Plages Magnétiques nous a passé une petite commande, et le contrat doit être rempli. On l’aurait presque oublié dans la douce chaleur des tropiques, mais c’est bientôt Noël. Et puis, c’est aussi une belle excuse pour sentir l’ambiance de la ville, découvrir le quartier où nous résidons, et croiser les Brésiliens dans leur quotidien. Marcher et se laisser porter…

En fin de matinée, nous avons rendez-vous avec Daniel Nogueira, saxophoniste du groupe Bixiga 70 et programmateur du Sampa Jazz Festival dont la prochaine édition aura lieu les 8 et 9 octobre 2022. Nous parlons évidemment de la situation économique pour le secteur de la culture au Brésil. La plupart de nos interlocuteurs parlent d’une seule voix : le gouvernement actuel a détruit une bonne partie des programmes d’aide qui existaient. La musique telle qu’on la pratique et l’imagine en ce moment (originale, non commerciale, internationale) n’a pas voix au chapitre. En attendant que les choses changent avec les élections, nous parlons de nous revoir en Bretagne (peut-être) en octobre 2022 entre le Mama et le Womex, où Daniel se rend chaque année. Il travaille déjà avec la France, notamment avec Jazz à Vienne et TSF.

Dans l’après-midi, la chaleur se fait ressentir. Pour la première fois du voyage, les nuages ont déserté, et l’on ressent dans nos corps le poids d’une journée chaude et ensoleillée. Malgré les 30° largement dépassés au thermomètre, l’après-midi est studieuse : ordinateur et emails pour les uns (il faut bien que quelqu’un alimente ce blog!), et musique pour les autres : Christophe et Pablo répètent pendant plus de 2 heures, apprenant à se connaître à travers leurs instruments et leurs pratiques. Pablo s’initie avec talent à l’improvisation, révélant de grosses capacités à s’adapter, rapidement. Et surtout, les deux compères semblent y prendre beaucoup de plaisir…

Les vacances d’été débutent à peine ici à São Paulo, de nombreux lieux sont ou vont fermer. C’est l’occasion de découvrir une autre partie de la culture locale : la gastronomie du nord-est du Brésil. Un pur délice, de grandes subtilités et de nouveautés pour nos palais peu coutumiers de ces nouvelles textures. Une grande variété de plats sont faits à partir de manioc, en frite, en purée, en poudre.

Le soir, nos envies de musique sont contrariées, c’est lundi et nous peinons à trouver une opportunité de concerts. Nous nous rabattrons donc sur la gastronomie. Comme beaucoup de grandes villes, São Paulo a ses différents quartiers, après une balade dans le quartier italien de Bixiga, nous nous dirigeons vers le quartier japonais, l’occasion d’une balade dans la fraîcheur du soir qui tombe.

Aujourd’hui c’est dimanche. Un dimanche à Sao Paulo, entre petite pluie et soleil dans la douceur brésilienne. Le quartet se divise en 2, face à l’immensité de cette ville magnifique, les deux duos décident de se laisser le temps de l’errance et de la découverte.

Une équipe part en direction du Jardim Botânico de São Paulo, afin de s’imprégner de la nature locale. Le jardin est à taille humaine et permet une balade emplie de senteurs et d’arbres majestueux. Plaisir des yeux. les Paulistas ne s’y trompent pas et viennent ici pique-niquer en famille au bord du lac joliment recouvert de nénuphars.

Un passage par le Centre Culturel de São Paulo, qui nous fait beaucoup penser au 104 de Paris. De nombreux jeunes Brésiliens s’entraînent à la danse, dans une ambiance joyeuse et décontractée. Le centre culturel est un lieu étonnant, ouvert sur la ville, un dédale d’espaces où la circulation est fluide et agréable.

La deuxième équipe a vécu un dimanche plus urbain, à la découverte d’un squat artistique organisé autour du Coletivo 612 Circo, un ensemble de personnes venues de toute l’Amérique latine, agissant dans cirque social en direction des enfants des favelas. Nous rencontrons Tomas, un Argentin ayant baroudé dans toute l’AmSud, qui nous fait visiter l’immeuble occupé sur 8 étages. Chaque personne (célibataire, en couple ou en famille) désirant s’installer ici doit contribuer au fonctionnement du lieu – et l’améliorer ! Chaque étage est dédié à une pratique : cirque, peinture, bibliothèque, musique (studio pirata !), théâtre…

En milieu d’après-midi, les deux équipes se rejoignent, et se re-mélangent autrement pour assister à deux concerts ayant lieu à la même heure, dans deux SESC différents. Juste le temps de dévorer une coxinha de frango, et la première équipe fonce au Sesc Pompeia, où Heloisa Pisani (responsable des relations internationales du SESC – https://www.sescsp.org.br/) nous a réservé 2 places pour le concert de Armandinho, Dodô e Osmar, fameux groupe de musique habituellement jouée pendant le carnaval (axé). Avant le début du concert, nous avons quelques minutes pour visiter le Sesc Pompeia, très bel endroit disposant de différents espaces d’exposition, de restauration, de travail, etc.

 

Arrivés un peu en avance, nous en profitons pour visiter l’exposition adjacente, portant sur les lithographies anciennes de boîtes de conserves (telles que pour le beurre, ou les sardines). Puis, c’est l’heure d’entrer dans le théâtre. Nous sommes tous masqués et assis bien sagement. La musique démarre et nous sentons autour de nous, comme une vague de plaisir d’être là, simplement. La musique monte, se déploie, s’amplifie, le public sourit derrière son masque, les épaules vibrent et bientôt la moitié de la salle est debout et se déhanche au rythme de la musique. La joie explose, sur scène comme dans la salle, l’émotion est palpable. Rien ne remplace la vibration de la musique en live ! Fin du concert, nous sortons, il pleut, mais toujours avec beaucoup de douceur. 

Pendant ce temps, notre seconde équipe se dirige vers le SESC Pinheiros pour entendre João Donato et Jards Macalé, deux illustres anciens musiciens brésiliens qui partagent pour un moment leur passion pour le jazz et la bossa nova avec un public conquis. La sincérité qui émane de leur présence et de leur jeu est réjouissante. 

À la fin des concerts, les duos se rejoignent et retrouvent nos amis Pablo et Dayse, qui ont eux-même assisté à un autre magnifique concert (Mestrinho) au Centre Culturel de São Paulo. Dans le quartier très animé de Vila Madalena, chacun raconte son concert autour d’une bonne bière bien fraîche.

Quelques notes de musique entendues sur un bout de trottoir et nous nous asseyons à une terrasse pour manger. Une petite fille s’arrête à notre table pour nous vendre des sucettes, mais elle semble largement préférer discuter avec nous. Maline et curieuse, elle pose mille questions, veut voir des photos de France, nous montrer des vidéos de sa famille. La conversation s’engage spontanément avec Erwan, et la fillette montre toute son intelligence et sa finesse. La soirée se finira ainsi, avec un gros coup de cœur pour cette petite Brésilienne, contrainte de vendre des friandises dans la rue, et pourtant tellement allumée.

Busy day ! Réveil matinal, la réalité nous rattrape : c’est le moment du test. Covid or not covid. Le test est notre laisser-passer dans ce nouveau monde : nous repartons demain.

Nous essayons de monter au sommet de l’Edifício Italia, d’où l’on peut admirer l’un des plus beaux points de vue sur São Paulo, mais l’accès aux visiteurs ne se fait qu’en après-midi. Las, nous nous rabattons sur un petit café au pied de l’immeuble Copan.

A 11h, nous nous dirigeons vers le SESC 24 de Maio, dans un autre quartier du centre de São Paulo. C’est le moment de rencontrer Héloisa Pisani, directrice des relations internationales du SESC, ainsi que ses collègues Henrique Rubin et Sabrina Tenguan, superviseur de la partie musique et des actions culturelles (le SESC propose aussi des cours de musique à différents publics).

Le réseau des SESC, organisation qui fête ses 75 printemps, a été créé pour les salariés du secteur commercial et de service au Brésil, afin de leur proposer différentes activités et prises en charge sociales. Petit à petit, la culture y trouve sa place. Leur financement provient d’une taxe que chaque organisation du secteur commercial et de service paye. Le bâtiment où nous avons rendez-vous comporte onze étages, le dernier accueillant une piscine réservée aux salariés des secteurs cités. Le SESC a plusieurs expériences à l’international et nous sentons que les choses ne sont pas figées, le cadre dans lequel nous pourrions inscrire notre projet d’échanges reste à construire. Cette rencontre nous permet de nous projeter plus facilement dans de futures collaborations.

Le SESC organise notamment des résidences, des master class et un festival de jazz au mois d’octobre chaque année. La pandémie a eu comme conséquence le développement de programmes en ligne qu’ils vont probablement garder dans le futur. Pour autant nous tombons d’accord sur le fait qu’il est important de réfléchir à la place de chaque chose. La musique doit rester vivante et les contenus en lignes des plus, comme une cerise sur le gâteau, si tant est que le gâteau continue à être cuisiné !

D’ailleurs, il est déjà l’heure de se quitter pour filer vers notre autre rendez-vous : c’est le moment du gâteau !

Notre magnifique dessert prend la forme d’un rendez-vous donné au Studio Medusa avec l’un de ses propriétaires, Evandro Lutfi. Dans l’arrière-cour d’une maison résidentielle, quelques amis musiciens ont monté depuis plus de dix ans un studio d’enregistrement de haute facture, dans lequel nous avons réservé quatre heures pour une furieuse session de musique improvisée, en compagnie d’excellent·e·s musicien·ne·s brésilien·ne·s, réuni·e·s par le non moins excellent Mauricio Takara. Placés sous la bienveillante protection de Santa Cecilia, patronne des musicien·nes, un gig s’organise avec Mauricio Takara (batterie), Lelo Bezerra (guitare), Clara Bastos (contrebasse), Sthe Araujo (percussions), Pablo Fagundes (harmonica) et Christophe Rocher (clarinettes), rejoints ensuite par Carla boregas (électronique).

Aucun enregistrement ne filtrera de cette session qui, de l’avis de tous les participants et auditeurs, connut des moments de grâce absolue. Au-delà même de la musique, les liens humains et artistiques qui se nouent entre ces musiciens offrent en éventail de possibles collaborations à l’avenir, et ouvrent le chemin pour de futures rencontres – au Brésil, mais aussi en France : Mauricio Takara, par exemple, profitera d’un séjour en Europe pour nous rendre visite à Brest, au mois de février.

La soirée se termine de façon festive, avec tous les musiciens réunis autour d’une rafraîchissante bière (ou caipirinha pour les Français) et d’un délicieux repas nordestin – la gastronomie qui décidément, nous aura le plus plu pendant ce voyage. On se quitte en se donnant rendez-vous le plus vite possible.

De retour dans notre logement, c’est l’heure d’un ultime debrief : nous listons les personnes, lieux, et institutions que nous avons rencontrés à Rio, Brasilia et São Paulo pendant ces dix jours, commençant à établir les liens et les bases de nos futures collaborations brésiliennes.

Enfin, éreintés par une journée aussi chaude et ensoleillée, que riche en musique et en émotions, il est l’heure de préparer nos affaires et de passer une dernière nuit paulistana : demain, c’est déjà le retour en France – et la promesse de 24 heures de voyage épuisantes avant de rentrer à bon port.

Il fallait bien que ce moment arrive : c’est l’heure du retour en France pour trois de nos voyageurs. Nous retrouvons pour un petit-déjeuner d’au-revoir, nos amis Pablo et Dayse Fagundes, ainsi que leurs deux adorables fillettes, Maitê et Beatriz (Maitê, qui étudie à l’école française de Brasilia, nous impressionne avec sa prononciation parfaite), qui poursuivront leurs vacances en famille le long des magnifiques plages du littoral paulistano. Nous nous donnons rendez-vous très bientôt, Pablo et son camarade Marcus passeront une quinzaine de jours à Brest, avec au programme concerts, jams, ateliers et de nombreuses autres surprises que nous ne manquerons pas d’annoncer prochainement.

Nous quittons le Brésil avec le sentiment d’un voyage exploratoire extrêmement productif, largement à la hauteur de nos espérances (même si celles-ci restaient volontairement modestes). Nous avons rencontré plein de Brésiliens, joué avec d’excellents musiciens, et déjà nous avons posé les bases d’une aventure qui ne demande qu’à se développer et s’intensifier dans les mois et années à venir.

Bye bye Brasil… e até muito logo (à très bientôt)!